Un appel à la coopération

Cet article est a été publié initialement dans le numéro de Printemps du magazine Evolution publié par l’Institut Bioenergitics. 

Le voyage

Lors d’une récente visite avec mon naturopathe à Montréal, mon cœur pris son envol avec les oies sauvages, le passage d’un train avait soudainement provoqué leur essor dans le ciel. Elles voyageaient vers le Nord, le printemps, une vie nouvelle, un espoir nouveau et mon cœur libéré par la nouvelle du diagnostique de mon radiologiste: “Plus de cancer.”

“Cependant” me dit-il, “tu vas devoir demeurer extrêmement vigilante dans ton suivi durant les cinq prochaines années.” J’avais opté de ne rien faire avec mon aisselle ou mon sein gauche, tous deux avaient été soupçonnés depuis le début, je suis de celles qui cherchent des opportunités dans le risque et la nécessité de rester vigilante valait bien la chandelle.

Cela avait été un voyage d’une année

En juin 2002, je me remettais de l’opération de mon deuxième œil pour le glaucome, je portais encore un pansement et j’attendais le résultat d’une mammographie récente.

Avant la trabeculectomie, j’avais rendu visite à une de mes amies en Angleterre pour célébrer son cinquantième anniversaire. Nous marchions un jour avec un groupe d’amies et quelqu’un demanda à Sylvia: “Alors, quand dois-tu retourner à l’hôpital?” Elle lui répondit; “Tous les six mois.” “Ah oui,” dis-je ”quel était le problème?” En sautant de sa bouche, les mots “cancer du sein” frappèrent une place en moi qui tira la corde d’une lampe-néon et éclaira mon cerveau. Cette nuit-là dans mon lit, je tentais de palper mes seins comme on me l’avait montré pour détecter des anomalies. Imaginez-vous! Je trouvais une bosse en haut à droite du quadrant, aussi dure qu’une balle de golf, une bosse, une grosse bosse.

Cela était vraiment surprenant. N’avais-je pas pris un soin extrême de ma santé durant les dernières trente années. J’étais végétarienne, je méditais, je faisais du yoga, que doit-on faire de plus rester en bonne santé?

Que peut-on faire de plus?

J’étais sur le point d’apprendre qu’il faut faire plus pour rester en bonne santé que de suivre ses concepts à ce sujet.

Dix-huit mois auparavant, si on m’avait demandé quelle marche à suivre j’adopterais si jamais mon corps devrait être atteint par le cancer, j’aurais répondu que ce dont j’étais sûre c’est que je ne ferais jamais de chimiothérapie, de chirurgie ou de radiations. Brûler, couper et irradier? Jamais. Ces formes de thérapies allaient à l’encontre de mes croyances dans une façon naturelle de vivre et de se soigner.

Depuis, j’ai réalisé que le cancer est une aberration physique brutale. Une seule cellule enclenche le processus et le reste est de l’histoire ancienne, l’histoire d’une femme sur huit qui comme moi développera un cancer du sein durant le cours de leur vie. Des statistiques effroyables, même si la mortalité due au cancer du sein a diminué dans les 40 dernières années, l’incidence du cancer du sein a presque triplé.

Au moment du diagnostique, on est catapulté dans un état de conscience très différent. C’est un état où les opposés s’affrontent. D’un côté, il y a la vie, de l’autre, il y a la mort. Une clarté qui était souvent cachée se révèle et en même temps, une énorme hésitation se produit sur quel choix adopter. Ma première réaction illuminée fût d’acheter un extracteur de jus, d’arrêter ma consommation de sucre et de produits laitiers, et d’écouter Radio 2 au lieu de Radio 1. En ce qui concerne le choix de traitements, j’ai passé une nuit entière à parler à tous les gens que je connaissais et à leur demander leur opinion, jusqu’à ce qu’il devienne évident que c’était à moi de prendre une décision. J’avais assez d’intelligence pour voir qu’il serait nécessaire que j’ajuste certaines de mes croyances. La tumeur grandissait à vue d’œil et j’étais consciente des conséquences de cette sorte de croissance. Mes glandes lymphatiques commençaient déjà à enfler. Une action radicale et rapide s’imposait. Ce n’était pas le moment pour mon approche normale, douce et herbale de la maladie.

Une minute à la fois

J’optai pour la chimio. S’il allait falloir que je l’aie de toute façon après la chirurgie, pourquoi ne pas commencer par la chimio et peut-être ainsi éviter la chirurgie. À chaque étape, je pouvais m’engager seulement pour la prochaine étape. La pensée qui m’habitait constamment était: “Un pas à la fois, un jour à la fois, une minute à la fois. Considère seulement ce qui est en face de toi maintenant. Tout le reste peut attendre. Après tout, à quoi sert demain, si ce n’est à finir ce que l’on n’a pas pu faire aujourd’hui?”

Ainsi commença mon voyage dans le monde des hôpitaux et de la maladie. Au même moment, j’incorporais pleinement à ma vie, ma pratique de yoga, ma diète vegan et mes jus, mon acupuncteur et le T’ai Chi, mon homéopathe, mon naturopathe, mes guérisseurs, mes anges (sous la forme de tous mes amis) et mon Guru. Rien ne fût négligé et tout s’agença ensemble sous les auspices de la coopération.

Mon approche a fonctionné. En juin 2002, le pronostic était une double mastectomie. Aujourd’hui, un an plus tard, j’ai mes deux seins, et je me porte comme un charme et j’ai l’air en bonne forme (c’est du moins ce que tout le monde me dit).

Cette méthode a bien sûr exigé de grands efforts de ma part. Mais j’ai vu dans cette dernière année que j’étais prête à faire tout ce qui était nécessaire pour rester en vie, le reste est dans les mains du Divin, mais au moins de mon côté, j’aurais fait tout mon possible.

Une demande disproportionnée

L’accès aux soins à travers le système d’assurance maladie a beaucoup détérioré. Les plaintes au ce sujet s’accumulent journellement. J’ai dû attendre quatre heures à l’hôpital la semaine dernière pour voir mon cancérologue et ce n’est qu’un aspect de la chose. La demande est trop grande pour que les médecins puissent donner suffisamment d’attention à chaque patient. Non seulement l’attente est trop longue, mais il n’y a pas assez de temps pour donner des explications ou avoir un contact humain de base avec les patients. Je vais à mes rendez-vous avec une liste de questions et de préoccupations, avec un peu de chance, je réussis à en adresser la moitié et je repars plutôt désappointée. Au moins mes docteurs complémentaires ont le temps, autant de temps que je souhaite les payer pour, et c’est correct, ils répondent à mes questions et je ne repars pas en me sentant dépossédée de mon pouvoir. Je ne veux pas dire que l’on devrait éliminer le système existant, ce système peut encore faire des miracles. Je suis la première à apprécier chacun de mes médecins allopathiques pour leur expertise et leur patience. Je désire exprimer quelque chose de plus profond, de plus personnel et de plus interpellant.

Pour qu’un changement radical et durable puisse prendre place dans notre système médical, un changement radical et durable doit prendre place dans la tête et le cœur de chacun d’entre nous. Nous devons prendre responsabilité pour notre état de bien-être dans un effort de participation active. Cela implique que nous prenions conscience des besoins de l’être en son entier, en tenant compte de facteurs tels que l’alimentation, les suppléments, l’exercice, la santé émotionnelle, la richesse spirituelle, les facteurs environnementaux— bien sûr, une fois commencée, la liste peut être longue. Qu’est-ce que cela veut vraiment dire “être en bonne santé?” Pourquoi est-ce que cet état ne m’est pas accessible maintenant? Quels changements doivent être accomplis dans ma vie pour satisfaire le vœu de Jonathan Swift pour l’humanité entière: “Puissions-nous vivre tous les jours de notre vie.” Qu’est que cela veut dire “vivre pleinement?”

Les bienfaits de chaque voie

Cette approche inclut l’accès à l’expertise de tous les praticiens et praticiennes de la santé. Il y a certainement assez de place dans notre vie pour la médecine allopathique et les médecines complémentaires. Commençons par nous éduquer au sujet de l’alimentation, des herbes, de la toxicité — une compréhension de base des besoins du vingt et unième siècle. Incluons les dons de chaque voie, chaque religion, chaque forme de guérison.

L’accès à l’information médicale s’est considérablement accru. Nous pouvons faire la recherche par nous-même et arriver à nos propres conclusions, deux stratégies qui nous donnent le pouvoir et qui nous conduisent vers le chemin de la guérison. Il y a de fortes chances que nous opterons pour des approches alternatives complémentaires avec l’accord de notre médecin traitant. Cela peut-être aussi simple que d’inclure certains fruits et légumes dans notre alimentation ou des mesures plus radicales comme d’explorer la localisation de notre “je” et son importance dans le plus grand tableau.

Une telle acceptation et ouverture peuvent être atteintes par la coopération. C’est un grand mot. Il signifie avant tout une collaboration avec soi-même et cela signifie prendre une pause avant de sauter dans une réponse conditionnée, cela signifie écouter l’autre personne, dire “oui” plutôt que “non”, cela signifie faire de la place dans ma vie où tout devient possible et vraisemblable. Je médite sur la bonté, la santé, l’amour et la sagesse pour permettre la manifestation de moments où plusieurs aspects se combinent déployant un potentiel triptyque énorme de guérir et la vie de tous les jours est vécue comme un miracle.

Mon appel à la coopération s’étend à l’ensemble du système médical, allopathique et complémentaire, mais surtout, à chacun d’entre nous, préférablement avant la danse avec le cancer, ou quelque choc inattendu qui force nos yeux à s’ouvrir. Incorporons tout ce qui se présente à nous, cela est inhérent à notre vraie nature et ensuite une fois bien informé, nous saurons ce qui doit être fait. La connaissance invitera la sagesse et encore plus. La connaissance nous conduit à la compréhension, la compréhension nous conduit à l’appréciation, l’appréciation nous conduit à l’amour et l’amour, qui est la base de l’existence, est le plus grand de tous les guérisseurs.

Avec la venue de l’été, je finis mon article, le premier d’une grande série de projets. Dieu merci, j’ai tant de joie à ressentir de nouveau de l'enthousiasme dans ma vie. C’est un sûr signe de guérison.

Couper du bois et transporter de l’eau

Le matin, je quitte ma maison d’un pas hésitant, mais j’apprécie la chaleur et je baigne dans sa lumière. Les choses sont différentes maintenant, le Divin m’a gardé en vie. Le message de base de la Bhagavad Gita exprime une grande leçon: ne sois pas attaché aux fruits de tes actions. Combats tout simplement. Lève-toi le matin et compose avec ce qui se présente à toi, c’est la vie. Comme le dit le proverbe Zen modifié: Avant le cancer, coupe du bois et transporte de l’eau. Après le cancer, coupe du bois et transporte de l’eau.

La vie prend soin de toutes choses, j’en ai vécu l’expérience et j’en suis la preuve vivante. Sans les thérapies complémentaires que j’ai suivies ces derniers mois, et j’en ai suivies beaucoup, je ne me sentirais pas aussi bien. Ironiquement sans: brûler, couper et irradier, je n’aurais vraisemblablement pas survécu à la maladie. Une certaine forme de mort a cependant pris place. J’ai eu un rêve où Yam, le Dieu hindou de la mort, est venu dans ma maison, en repartant, une fois arrivé au portail, il s’est retourné, m’a fait un grand sourire et il a dit: “Peut-être pas cette fois-ci, mais un jour.”

Je suis prête pour cela. Ces jours-ci c’est au tour des colibris de me montrer leurs ailes et je remercie le Ciel pour cela.

Susan Randall
juin 2003

     
     
 

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